Lettre au e-commerce

Cher e-commerce, 

A l’évidence, le temps m’est compté. Comme tu peux toi-même le constater notre gentillette cohabitation ne peut continuer. Toi tu exploses au grand jour. Fier, tu bombes le torse. Ta croissance est exponentielle. Et ce n’est pas ta gratuité récente généralisée qui stoppera ta course. Loin s’en faut. 
Il y a 50 ans, j’étais une révolution. Les consommateurs se ruaient comme des morts de faim devant mon concept. Ils s’enthousiasmaient devant ces nouveaux temples érigés en l’honneur de la consommation. Il y a peu encore, j’étais au summum de ma carrière. Malheureusement, tout a une fin.

Suis-je sur le déclin ?

Moi libre-service, je serai en effet bientôt dépassé. Comment les enseignes alimentaires vont-elles réagir ? Que vont-elles faire de moi ?  Y’aura-t-il encore des salariés plus tard pour mettre en rayon ? Pour ranger les produits dans un alignement quasi parfait ? Quelle place aura le merchandising ? Qui pour m’optimiser ? Pour me mettre en valeur ?
La responsabilité de mon déclin t’appartient. A toi et à l’essor du e-commerce arpentant sans scrupules les écrans d’ordinateurs et des tablettes tactiles. Même les smartphones s’y sont mis ! 

Et pourtant…

La Grande Distribution alimentaire avait en effet – il faut bien l’avouer – bien retardé ton succès. Les enseignes auront mis 10 ans, début d’internet, avant de te faire confiance, alors que d’autres secteurs d’activités n’avaient guère hésiter à se cramponner à ce service dont le potentiel était évident. Quand tu faisais tes armes chez les spécialistes, moi, je retenais mon souffle.
Car moi même j’y croyais, persuadé déjà qu’il s’agissait d’une solution d’avenir. Mais je me terrai, bien rangé tel un linéaire avant l’ouverture d’un magasin.

Un mal pour un bien ? 

C’est certain. J’ai toujours été très ouvert au changement. Mais à l’unique condition que cela me concerne. J’ai beaucoup travaillé pour perdurer et pour séduire les chalands. Les concepts merchandising. Les rayons bien dessiné. Les kakémonos. Les étiquettes électroniques. La déstructuration des clés d’entrées.  Et j’en passe.
Ton avènement sonne le glas d’une nouvelle ère à laquelle personne ne croyait véritablement. C’est l’essor d’une nouvelle manière de consommer. Un nouveau tremplin. Et je serai ravi, après de bon et loyaux services, de te remettre le flambeau définitivement. Mais quand ? Tu es encore trop jeune pour le dire. 

Et après ?

Pour conclure, je ne peux que constater. Ils sont là. 914 précisément. 914 points de retraits. Ils s’appellent Leclerc Drive, Courseu.com, Chronodrive, Auchan ou encore Cora Drive. Même le hard-discount s’y est attelé ! C’est dire !
Je suis aujourd’hui contraint de laisser les armes. Conscient que mon avenir s’inscrit en pointillé. Mon combat pour résister serait vain. D’ici 4 à 5 ans, 20 à 30% des consommateurs seront à tes pieds. Ton heure de gloire sera venue. Je serai déchu. 
Fini alors les magasins physiques où tout le monde de précipitaient pour flairer les bonnes affaires, pour se servir «librement»…
Fini aussi les tout sous le même toit. Ces endroits autrefois glorifiés…
Fini ce marketing incessant et ces objectifs de DV et de DN…
Fini la chasse au gaspillage. Fini les melons tâtés 30 fois par les doigts des consommateurs et qui terminent leur vie déformés au fond d’une poubelle…

Et bienvenue au e-commerce,

Signé le libre-service.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s