Zone interdite : en immersion à la Tranche-sur-mer, dans les coulisses du Super U.

Vous l’avez peut-être regardé – ou manqué -, mercredi soir, Zone Interdite sur M6 a diffusé un reportage en immersion au magasin de la Tranche-sur-mer. Un reportage inédit dans les coulisses de ce magasin U qui vous a peut-être interpellé. Du portrait d’une pimpante caissière (et non pas d’une hôtesse de caisse) à celui des vigoureux bouchers, tout en passant par le manager PGC un peu dépassé par les événements, ce magasin est le reflet des nombreuses péripéties qui peuvent avoir lieu dans la grande distribution. Un magasin qui n’a rien à cacher…
La Tranche-sur-Mer est une station balnéaire Vendéenne qui compte hors saison près de 3000 habitants. 80% de résidence secondaire. 33 campings. Une population multipliée par 40 le temps d’un été, soit 120 000 habitants pour une seule grande surface ! Autant vous dire que le magasin est pris d’assaut par les touristes chaque été.

Tellement pris d’assaut que son PDG Gérard Brégeon se voit dans l’obligation – accompagné de saisonniers et de panneau signalétique – de faire la circulation. « Il faut fluidifier » dit-il ironiquement en ajoutant « Mais que fait la police ? ». Un PDG qui se mue en chef de la circulation, pas sûr que ce soit très réglementée, d’autant plus que sa méthode pour fluidifier le trafic consiste à bloquer la circulation dans le rond-point avec deux fourgons du magasin. Si si…
 
« Les poissonniers en général 
n’ont pas trop de jugeote »
Laëtitia, adjoint rayon poissonnerie
Les joies des magasins saisonniers.
Pour les magasins saisonniers, c’est souvent toute une armada de jeunes étudiants recrutés pour toute la saison qui vient compléter les effectifs. Cette inexpérience qui détale en masse sur tous les rayons donne lieu à quelques situations cocasses qui peuvent provenir d’un monde parallèle pour des magasins urbains.
Exemple parfait de ce management atypique que requiert l’arrivée des saisonniers : certains étudiants arrivent sur le rayon sans même avoir été briefé sur les produits. Exemple avec ce saisonnier qui lors de sa première demande par un client se doit de servir de la raie dans même savoir à quoi ça ressemble. Si le saisonnier manque évidemment d’expérience, l’accompagnement semble avant tout nécessaire, ou du moins dans les premières heures, non ? La relation client quoi…
Toutefois, pour l’aider dans son intégration il pourra sans doute compter sur l’ambiance bon enfant du rayon. Ambiance même aux accents de colonie de vacances. Si bien qu’un saisonnier ira jusqu’à inscrire « Morueman » sur la toque d’un de ses collègues. Lequel mettra 4h pour s’en rendre compte, et ce à la vue même des clients. Pas très sérieux pour l’image me direz-vous. Mais le PDG veut donner l’image d’un commerce de proximité, ceci s’explique sans doute.
On poursuit les portraits avec Patoche, saisonnier et par-dessus tout la « perle rare » pour le rayon car étant « le roi de la saucisse« . Les mains dans la viande « il s’éclate » tant c’est « rigolo », considérant la viande comme de la pâte à modeler. Pas sûr que les bouchers apprécient la comparaison.
Côté péripétie, le chef bazar est confronté à un problème de taille : un saisonnier manque à l’appel alors que les effectifs semblent déjà très serrés. Un désistement d’un saisonnier qui ne prend visiblement pas la peine d’alerter son employeur de son absence. Une belle image d’une jeunesse qui prend doucement ses quartiers dans le monde du travail.
Au rayon liquide, une toute autre réalité se dessine. Celle de Corentin, employé à l’approvisionnement du rayon vin et dans lequel il ne parvient pas à se repérer. Aucune relation toutefois à faire avec la géographie comme peut tancer la journaliste : « Combien tu as eu en géographie au bac ? ». Si seulement il fallait être bon dans cette matière pour approvisionner un tel rayon… De plus, pourquoi laisser un saisonnier perdu dans le rayon alors qu’il serait plus facile de dépoter chaque carton devant les produits. Vous ne faîtes pas ça chez vous ?
Heures supplémentaires non-payées, car plutôt récupérées, journée à rallonge, c’est aussi le lot des salariés de la grande distribution. Lisa, l’hôtesse de caisse le découvre sur le tard et en perdrait presque le sourire.
 
« Le poissonnier, comme on dit chez nous 
ça a une gueule de lotte. 
La gueule est plus grande que la queue. »
Chef de rayon poissonnerie
Une ode à la grande distribution et aux métiers traditionnels.
Certains discours ont l’air de surprendre, d’autant que nous connaissons les enjeux liés aux métiers de bouche : panne de recrutement, dévalorisation, il n’est pas certain que ce reportage soit d’une bonne publicité pour le secteur et ces métiers.
Côté poissonnerie, « les poissonniers en général n’ont pas trop de jugeote » dit Laëtitia l’adjointe du rayon. « Un poissonnier qui ne se la raconte pas n’est pas un poissonnier » lance même le chef tout en complétant « le poissonnier comme on dit chez nous ça a une gueule de lotte. La gueule est plus grande que la queue. » Le chef de poisson a même un avis très précis sur le métier. Pas sûr que celui-ci réveille des vocations : « Le boulot n’est pas simple. Travailler en bottes, dans la flotte, dans la glace et quand on rentre chez soi on sent un peu le poiscaille, c’est pas glamour. »
Par ailleurs, nous connaissons aussi la difficulté des enseignes à recruter des profils qualifiés et diplômés. Le manager PGC a peut-être une réponse : « Quand on les prend trop diplômés, en fait ils réfléchissent un peu trop. Donc c’est pas forcément ce qu’on leur demande vu qu’on est toujours dans le speed. » Drôle de remarque pour ce responsable qui a quand même le rôle de recruter et de former les profils de demain. Les saisonniers d’un été seront peut-être les salariés de demain. Ce n’est pas en prenant des profils moins diplômés qu’il assurera la relève.
À la boucherie, le discours se rapproche de celui de ses collègues. « C’est trash » ose-t-il, avant que son collègue ne surenchérisse : « Vous travaillez 6 jours sur 7, les jours fériés, (…) c’est ça le problème », tout en pointant une jeunesse qui ne veut plus travailler.
« Quand on les prend trop diplômés, 
en fait ils réfléchissent un peu trop. »
Manager PGC
Condition de travail : des salariés dépassés, fatigués…
Laëtitia, l’adjointe du rayon poissonnerie, a une vision très réduite du secteur : « en grande surface les gens sont là pour faire leurs courses. C’est différent. Sur les marchés, ils se promènent. Donc ils prennent le temps. Ils discutent. Même si on s’arrête, si on rigole avec eux, c’est complètement différent. »  Tout en répétant qu’en « grande distribution, ne serait-ce que par le système, c’est speed. »
Pour la sécurité, c’est Jean-Charles le chef. C’est lui qui ouvre le rideau en omettant de saluer les premiers clients déjà massés devant les portes du magasin. Un « commerce de proximité » salué par le PDG qui en oublierait même les fondamentaux de politesse et de courtoisie.
 
« Je vais rentrer, je vais enlever mes chaussures 
parce que j’ai vraiment mal aux jambes. 
Parce que toute la journée à marcher, marcher… 
on en fait des kilomètres »
Réjane, employée de rayon boucherie libre-service
 
Les conditions de travail sont véritablement mise à l’épreuve dans ce reportage. Les salariés sont fatigués, usés. À l’image de Réjane, employé au rayon libre-service boucherie  après 8h de travail matinal, tellement usé qu’elle est « obligée de dormir au moins 2h » : « Elle est fourbue » tance la journaliste.  « Tout ce bruit pendant 7h, tout ce broua des enfants, c’est usant, très usant. » Elle ajoute : « Je vais rentrer, je vais enlever mes chaussures parce que j’ai vraiment mal aux jambes. Parce que toute la journée à marcher, marcher… ». Et l’employé de conclure sur une réalité des professionnels de la grande distribution « on en fait des kilomètres ». Ses enfants, eux, abondent : le métier exercé par leur mère ne les fait pas rêver. « Il fait trop froid, y’a du sang ».
Réunis en petit collectif dans une salle de sport, certains se confient même, décomplexé, sur la réalité du terrain et le stress engrangé durant l’été : « il y a tellement de monde, ils ne sont pas forcément très agréables, ils se croient tout permis. Comme on est là pour les servir, on n’a pas forcément le droit de leur répondre. Pour éviter de leur répondre, on fait du sport pour évacuer. »
Des employés qui travaillent beaucoup, (mais en définitive pas plus qu’ailleurs sauf changement du code du travail). Des salariés qui n’ont pas de vie privée et du temps pour eux. Une vie « pas facile ». Voici le résumé de l’image donnée aux professionnels du secteur. Pour trouver meilleure vitrine sur la grande distribution il faudra attendre.
En résumé un énième reportage en immersion dans la grande distribution dans lequel on attend toujours une valorisation de ces métiers. Quid des réussites ? Des succès ? Du travail et des réflexions menées en amont ? Des stratégies ? La grande distribution ne se résume pas uniquement à des étagères bien remplies et à de l’opérationnel ; à des chefs qui regardent et des saisonniers qui remplissent les rayons ; où les chefs badinent et les employés triment. La grande distribution c’est bien loin de tout ça, mais c’est encore une fois l’image qu’on en donne.
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Quelques phrases cultes :
Et c’est important pour vous d’avoir une jolie caissière ?
Oui, j’ai l’impression de payer moins chèr, mais c’est pas ça du tout.
Mieux vaut tomber sur une caissière bienveillante qu’un boucher bien velu.
J’avais acheté ça je sais pas pourquoi. C’était zéro. C’est passé en soldes. Et quand ça passe pas en soldes, on les donne à des associations. Ça fait de la marge en moins, mais on ne pas tout le temps tomber pile.

 

L’hiver c’est une proximité avec les clients. C’est souvent les mêmes (…) qui viennent à 8h du matin. C’est là qu’on les voit, qu’on a un petit peu de temps et c’est là qu’on taille le boudin ».
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